Macron, c’est le programme économique de Le Pen, plus le mépris de classe. Le Pen, c’est le programme économique de Macron, plus le mépris de race.

À Marseille, Jean-Luc Mélenchon se rêve en "pire cauchemar" de Macron et Le Pen
Dimanche 27 mars, à Marseille, Jean-Luc Mélenchon était bien décidé à convaincre les électeurs hésitants ou potentiellement absentionnistes.
AFP

À Marseille, Jean-Luc Mélenchon se rêve en “pire cauchemar” de Macron et Le Pen

Meeting au Prado

En meeting sur la plage du Prado ce dimanche, l’Insoumis a mis en avant son programme social et accentué ses différences avec la candidate du Rassemblement national, qu’il espère coiffer au poteau le soir du premier tour.

Ce dimanche 27 mars sur la plage du Prado, Jean-Luc Mélenchon revenait pour la troisième fois de sa vie en meeting présidentiel à Marseille, une ville dont il n’a fait son fief que récemment mais qui semble tant adaptée à son tempérament. Le député des Bouches-du-Rhône pouvait difficilement se priver, en ouverture de son intervention, de quelques lignes lyriques consacrées à la mer Méditerranée : il est né sur l’autre rive, en 1951 à Tanger (Maroc), et tente aujourd’hui pour la troisième fois d’être élu à la présidence de la République française en jetant ses (presque) dernières forces dans la ville rebelle du Sud. Un contexte idéal pour évoquer ce « rivage méditerranéen », aux « peuples ruinés, civilisations dévastées par le règne de l’argent tout puissant » ; Marseille, ville-symbole du métissage, de cette « créolisation » à laquelle Mélenchon est tant attaché : « Depuis Agamemnon et Hannibal, c’est toujours la même chose : nous sommes tous parents, quels que soient les aléas de l’histoire et les différences naturelles qui nous distinguent les uns des autres », a lancé l’Insoumis, qui a parfois semblé un peu usé par quelques quintes de toux – sans perdre sa verve habituelle.

L’ESPOIR D’UN SECOND TOUR

« JLM » ne s’est toutefois pas trop attardé sur le cas particulier de la cité phocéenne. C’est qu’il y a un enjeu national : un second tour à atteindre, alors que la marche ne semble plus aussi difficile à gravir qu’au début de l’année. Depuis plusieurs semaines, Mélenchon remplit le vide à gauche et grimpe dans les sondages. Valérie Pécresse et Éric Zemmour dégringolent, lui vient titiller Marine Le Pen. Au sein de l’Union populaire, le mouvement ad hoc créé pour soutenir la présidentielle des Insoumis, on y croit dur comme fer. « Cette fois-ci, on peut battre l’extrême droite dès le premier tour, car ils sont divisés », s’enthousiasme le député Alexis Corbière. Les militants guettent les moindres signaux faibles susceptibles de nourrir leurs espoirs. « Sur les marchés, les gens qui refusaient de nous parler sont maintenant beaucoup plus ouverts, relate Rhany Slimane, un cadre basé à Montpellier. On sous-estime le nombre de personnes qui ne veulent pas d’un second tour Le Pen-Macron. » Côme Delanery, contributeur du programme de Mélenchon, appuie ce constat : « Les militants ne cessent de scander “On va gagner !” depuis un mois, ça n’est pas anodin : les gens y croient. » Yves, venu en curieux, nourrit cette hypothèse : à 62 ans, il compte voter pour la première fois de sa vie, et ce sera pour Mélenchon, le plus « humaniste » des candidats ! Mais ce directeur artistique n’est pas si optimiste : « Les jeunes de mon entourage ne sont pas assez mobilisés, ils ne sont pas motivés à aller voter alors que ce sont les premiers concernés… »

Pour convaincre les réticents et motiver les assoupis, Mélenchon a un plan : tout miser, ou presque, sur le social, principal facteur qui le différencie de ses concurrents directs. Le discours du Prado a ainsi vu l’Insoumis accabler « l’appétit de l’argent, le goût pour la cupidité plutôt que pour l’entraide », dans une veine socialiste classique. « Nous vivons pour opérer une rupture majeure, pour que tout change dans ce pays », a-t-il promis, énumérant les très nombreuses mesures de son programme « chiffré et argumenté pour répondre à tous les aspects de la vie que nous menons, nous autres les gens simples » : blocage des prix des produits de première nécessité (dont le gaz, l’électricité et le carburant), augmentation du Smic, retraite à 60 ans, développement des services publics, remboursement des soins à 100 %… « Tout ceci est à portée de bulletin de vote, insiste Mélenchon. Nous ne parlons pas d’utopie, de jeux abstraits. »

Un discours qui a séduit Karim 24 ans, étudiant en pharmacie venu de l’Ain pour assister au meeting : « Mélenchon parle des vrais sujets : la vie chère, le quinquennat catastrophique de Macron, le mépris social. Mélenchon, c’est le candidat qui incarne le mieux la devise française, liberté – égalité – fraternité ! ». Il faut dire qu’avec son projet de retraite à 65 ans et de travail forcé pour les allocataires du RSA, Emmanuel Macron fournit un angle d’attaque idéal à l’Insoumis : « Il s’agit seulement de faire enrager, misérer et galérer encore les pauvres gens, s’insurge le septuagénaire. Les travaux d’intérêt général, c’est pour les délinquants, et la pauvreté, c’est pas une délinquance ! ».

MACRON ET LE PEN AMALGAMÉS

Les Insoumis rêvent désormais de prendre la place de Marine Le Pen pour affronter Emmanuel Macron, et ainsi changer les termes de la discussion politique. « Deux semaines pour qualifier un candidat de gauche au second tour, deux semaines pour balayer l’extrême droite, deux semaines pour imposer un débat social à Macron ! », exhortait le directeur de campagne Manuel Bompard en début de meeting. Pour parvenir à cet objectif, pas question de s’aventurer sur les terres de prédilection du Rassemblement national : comme depuis le début de sa campagne, Jean-Luc Mélenchon a clairement affirmé sa volonté de ne pas aborder l’immigration, l’islamisme ou la sécurité, exprimant son « ras-le-bol des gens qui montrent du doigt pour une couleur de peau ou une religion ». « Les attaques contre les musulmans et les immigrés sont des éléments éternels de diversion, mais ça ne nous incitera pas à lâcher un pouce de terrain sur la xénophobie et le racisme », cadre Alexis Corbière.

Le député expose la stratégie des Insoumis : « Il faut marteler aux gens des milieux populaires que Marine Le Pen ne dit rien sur le Smic, ne dit rien sur la retraite à 60 ans, ne dit rien sur le blocage des prix. » Ainsi, le discours de Mélenchon a été sans cesse émaillé de comparaisons insistant sur les convergences programmatiques entre Macron, « le propriétaire des lieux », et Le Pen, « l’héritière de la secte familiale, débarrassée du doberman qui était monté sur la table [Éric Zemmour, ndlr] » : pas de retraite à 60 ans, baisse des impôts de production, défense du nucléaire… De quoi élaborer une synthèse caricaturale mais efficace : « Monsieur Macron, c’est le programme économique de Madame Le Pen, plus le mépris de classe. Madame Le Pen, c’est le programme économique de Monsieur Macron, plus le mépris de race. » Et lui ? Il se rêve en « pire cauchemar » des deux favoris pour l’accession au second tour.

Jean-Luc Mélenchon pourrait se qualifier en réunissant moins de voix que les sept millions glanées en 2017, le seuil d’accession au second tour étant probablement plus bas cette année. Mais comme il y a cinq ans, chaque voix va compter. Le meeting du Prado a donc été marqué par plusieurs appels insistants en direction des indécis, hésitants et autres présumés abstentionnistes, parfois vivement admonestés par le candidat Mélenchon : « Au lieu de vous préoccuper de mon caractère, préoccupez-vous de vos vies et de ce que nous allons faire ! », plaide-t-il, visiblement exaspéré par les préventions de certains citoyens : « “On ne va pas voter, c’est tous les mêmes, on ne sait pas et on n’a pas compris…” Eh bien réfléchissez, bon sang de bois ! ». Ce rendez-vous marseillais était l’avant-dernier discours d’ampleur pour « JLM », qui donnera un meeting le 3 avril sur la place du Capitole à Toulouse… mais son hologramme sera diffusé dans 11 autres villes françaises.