Un coup dur pour le président turc Erdogan et l’AKP

L’opposition s’est emparée le 23 juin de la mairie d’Istanbul avec une confortable avance de 9 % des voix. Un coup dur pour le président turc et l’AKP, le parti qu’il dirige.

L’AKP avait pourtant obtenu l’annulation des élections municipales du 31 mars, remportées par le candidat d’opposition Ekrem Imamoglu, mais le choc produit par cette annulation s’est finalement retourné contre le parti d’Erdogan. Première grande défaite de l’AKP depuis 2002, la perte d’Istanbul a une portée symbolique très forte : c’est dans cette ville que la carrière du président Erdogan a pris son envol, lors de son élection comme maire en 1994.

Mais elle a aussi des conséquences pratiques, souligne la journaliste Asli Ayndintasbas dans une interview au New York Times : “Perdre Istanbul revient à perdre une source de revenus capitale pour la machine politique de l’AKP, allant des subventions aux proches du parti à l’attribution de contrats publics, notamment dans le secteur du bâtiment, jusqu’au financement des médias progouvernement. Cela pourrait même déclencher une réaction en chaîne et déboucher sur des élections anticipées plus tard dans l’année ou en 2020.”

“Qui perd Istanbul perd la Turquie”

Plus qu’un simple scrutin municipal dans une ville dirigée depuis vingt-cinq ans par l’AKP, ces élections se sont peu à peu transformées en une sorte de référendum pour ou contre le président turc, explique cet éditorialiste du quotidien de gauche Evrensel : “La phrase est d’Erdogan lui-même : ‘Qui perd Istanbul perd la Turquie.’ Ces élections ne sont pas simplement des élections locales, elles ont un retentissement dans tout le pays […], la faute revient à Erdogan, qui, par ses interventions, par sa campagne électorale qui, selon ses propres mots, a fait de ces élections locales une question de ‘survie’, a donné à ces élections une ampleur nationale. L’ampleur de cette défaite va donc amener des développements importants sur la scène politique, notamment la possibilité d’élections présidentielles anticipées.

Renforcée par cette défaite, l’opposition à Erdogan au sein du camp conservateur pourrait aussi passer à l’action, estime l’intellectuel Levent Gültekin, fin connaisseur des conservateurs turcs, dans le média en ligne Diken : “Depuis longtemps, le mécontentement grandit au sein de la base électorale de l’AKP, mais aussi chez certains cadres du parti. Cette seconde défaite, après l’annulation des élections, va encore accélérer le processus d’effondrement du parti. Pour se maintenir au pouvoir, Erdogan à besoin d’une nouvelle politique, d’un nouveau programme, de nouveaux cadres. Mais tout cela paraît difficile tant le parti et le pouvoir politique sont suspendus au régime d’un homme seul. On risque donc de voir les déçus de l’AKP multiplier les tentatives pour créer de nouveaux partis.”

Le président turc doit donc tirer des leçons des urnes, affirme l’éditorialiste proche du pouvoir Abdulkadir Selvi dans les colonnes de Hürriyet :

C’est un signal fort envoyé par les électeurs. On ne pourra pas se contenter de quelques changements à la direction du parti ou au cabinet présidentiel. Les citoyens attendent d’Erdogan des changements fondamentaux. Si rien ne change, au bout d’un moment, c’est le peuple qui vous change.”

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