L’auteure du livre sur Mélenchon a été condamnée plusieurs fois pour diffamation !

Nous avons raccourci votre question, qui était à l’origine : «La journaliste Mélanie Delattre qui vient d’écrire un livre sur La France insoumise, Mélenchon aux portes du pouvoir, a-t-elle été condamnée de nombreuses fois pour diffamation ?»

La question se pose, en effet, depuis un message publié sur son compte Facebook le 7 novembre dernier par Jean-Luc Mélenchon, affirmant que la journaliste du Point, Mélanie Delattre, coauteure d’un livre enquête sur Mélenchon qui est sorti le 11 novembre aux éditions F1rst, avait déjà été condamné à plusieurs reprises par la justice. Une manière (un peu facile) pour le leader insoumis de disqualifier par avance le contenu de l’ouvrage, plutôt critique. 

Moitié faux selon la journaliste, qui a affirmé dans l’émission les Grandes Gueules, sur RMC : «Il a publié la liste de condamnations judiciaires qui sont rapportées sur ma page Wikipédia, que je ne contrôle absolument pas, dont la moitié est fausse, et je vais faire corriger ça très vite.»

Dans son post sur Facebook, Mélenchon a en effet copié-collé les six condamnations (toutes pour diffamation) qui apparaissent dans la rubrique «Condamnations judiciaires» de la fiche Wikipédia de la journaliste.

Capture d'écran Wikipedia

Ces condamnations sont-elles réelles ? Oui selon le site Arrêt sur imagesqui a inspecté les sources indiquées pour chacune de ces condamnations. Sur Wikipédia, en effet, les contributeurs sont priés de «sourcer» les informations qu’ils ajoutent sur une fiche. Dans le cas de ces condamnations, il en a déjà question à chaque fois dans une dépêche AFP, quand ce n’était pas directement dans l’hebdomadaire mis en cause, Le Point. Difficile donc de douter de la véracité de ces informations.

Contactée par CheckNews, la journaliste conteste toutefois deux de ses condamnations. La première date de 2015, suite à un article sur les «tribulations» de Yazid Sabeg, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. Suite à cet article, la journaliste avait été condamnée pour un article jugé en partie diffamatoire à une amende de 1500 euros, comme le relatait à l’époque un article de 20 Minutesqui s’appuyait sur une dépêche AFP. Mais selon son avocat, la journaliste a depuis été relaxée dans cette affaire par la cour d’appel de Metz le 23 juin 2016, et la Cour de cassation avait rejeté le pourvoi de Yazid Sabeg par arrêt du 30 octobre 2017.

La journaliste explique ainsi l’absence de mention de cette victoire sur Wikipédia : «On n’avait pas communiqué à l’époque là-dessus, contrairement à M. Sabeg lors de sa victoire en première instance. Du coup, il n’y a eu aucun article sur cette victoire en appel».

Deuxième condamnation contestée par Mélanie Delattre et son avocat : celle datant de 2017, lorsque la cour d’appel de Paris avait confirmé la condamnation en diffamation du magazine Le Point qui, en 2014, dans le premier article sur ce qui deviendra ensuite l’affaire Bygmalion, accusait Jean-François Copé d’avoir volé l’UMP. Mélanie Delattre avait alors coécrit le papier avec Christophe Labbé. «C’est en cours de pourvoi en cassation. Pour le moment, on ne peut pas dire qu’on est condamné», assure la journaliste. Il est en effet possible que la Cour de cassation casse l’arrêt de la cour d’appel, si celle-ci considère que le jugement de la cour d’appel est contestable. Mais il n’est pas faux d’écrire, comme le fait Wikipédia, que la journaliste a été condamnée en première instance et en appel dans cette affaire.

Par ailleurs, l’enquêtrice du Point ne conteste pas les quatre autres condamnations. «Enquêter, ça implique aussi prendre des risques, être condamné, être parfois en amont du judiciaire. Ce sont des choix éditoriaux avec la rédaction, que j’assume. Parfois, c’est aussi pour protéger une source.» Dans l’affaire qui l’opposait à Bernard Tapie, par exemple, elle assure qu’elle disposait de documents prouvant ses dires, mais ne les avait pas publiés pour protéger sa source.

Dernier point : a-t-elle essayé de «corriger» sa fiche Wikipédia, comme elle le disait sur le plateau de RMC ? L’intéressée ne souhaite pas répondre à cette question. Le fait est qu’un compte anonyme a bien tenté de supprimer la rubrique «Condamnations» entre le 8 et le 12 novembre sur Wikipédia, comme l’explique Arrêt sur images. Rubrique qui a depuis été remise en ligne par un utilisateur de l’encyclopédie en ligne.

 

 

Robin Andraca – liberation.fr