La révolte des gilets jaunes peut-elle rencontrer celle des gueux ?

Le 17 novembre 2018 a eu lieu la journée de blocages organisée par ceux que l’on a nommé « Les gilets jaunes ». Quelle suite à donner à ce mouvement ? se sont demandés les participants à cette journée d’expression du ras-le-bol populaire contre la politique fiscale injuste de Macron. Comment en effet poursuivre la lutte sans pénaliser dans leurs déplacements domicile-travail ceux qui sont les victimes des choix iniques de ce gouvernement néolibéral cynique et brutal ?

Le 20 avril 2009, je publiais sur AgoraVox une fiction en forme de cri de colère intitulée « La révolte des gueux ». Et si l’on décidait de s’inspirer de l’initiative de ces « gueux » en pourrissant la vie des élites autoproclamées qui se gobergent sans vergogne sur le dos des travailleurs et des retraités modestes ?

Le moyen d’action : des haies de gilets jaunes, pacifiques mais déterminés, en charge de distribuer des tracts et de faire entendre la colère populaire à l’entrée de tous les lieux prestigieux où les représentants de la « France-d’en-haut » ont leurs bureaux ou leurs habitudes : sièges des grands groupes industriels et financiers, lieux de pouvoir, restaurants étoilés, maroquineries de luxe, boutiques de mode haut de gamme, épiceries chics, et même domiciles des plus puissants d’entre ces marionnettistes qui tirent en coulisse les ficelles de leurs valets médiatiques et politiques.

Des tracts où seraient mis sous les yeux de tous les habitués des lieux ciblés quelques données chiffrées de nature à illustrer sous forme d’exemples le terrible fossé de niveau de vie qui ne cesse de se creuser en engraissant les plus voraces et en enfermant dans la paupérisation et la pauvreté un nombre toujours plus élevé de nos compatriotes.

Qu’on en juge avec ces quelques exemples qui pourraient – parmi de nombreux autres – être tractés :

Pour le prix d’une montre Rolex Sky-Dweller (44 700 euros), une personne au SMIC (1 498 euros) vit durant 30 mois !

Pour le prix d’un sac cabas Lady Dior (3 750 euros), un couple au RSA avec deux enfants (1 157 euros) vit pendant plus de 3 mois !

Pour le prix d’un châle en cachemire Hermès (960 euros), une personne au minimum vieillesse (833 euros) vit durant plus d’un mois !

Pour le prix d’un menu Jardin-Marin pour trois personnes chez Alain Ducasse au Plaza Athénée (398 euros chacun hors boissons), un retraité moyen (1 389 euros) vit pendant 1 mois !

Pour le prix d’une paire de chaussure Simon Calf chez Louboutin (895 euros), un adulte handicapé bénéficiaire de l’AAH (860 euros) vit durant plus d’un mois !

Il n’est évidemment pas question de tirer à boulets rouges sur ceux qui, grâce à leur travail ou à leur talent, ont les moyens financiers de vivre dans le luxe. Cela fait partie de la vie, et ces personnes contribuent à faire vivre des industries et des créateurs qui continuent à faire de la France le leader mondial dans ce secteur de l’économie.

Ce qui est en revanche insupportable, c’est le fait que les classes populaires et les classes moyennes sont – malgré quelques aumônes – toujours plus sollicitées par un pouvoir sourd et aveugle aux justes revendications qui lui sont soumises. Et cela alors que le gouvernement a, dès le début de la mandature, fait voter la suppression de l’ISF (soit 3,5 milliards d’euros à compenser dans les comptes de l’État) au profit de ces gens qui portent une Rolex voire une Patek Philippe, s’habillent chez Dior ou Gucci, se chaussent chez Louboutin ou Balenciaga, dînent chez Ducasse ou Gagnaire, et vont skier à Courchevel en avion privé.

Interpeller ces personnes influentes en les plaçant en face de gens de la vraie vie venus, vêtus de leurs gilets jaunes, leur distribuer des tracts dérangeants, c’est se donner les moyens d’exercer une pression indirecte sur les pouvoirs publics. Une initiative qui n’aurait pas pour ambition de se substituer aux autres moyens d’action, mais de les diversifier sous une forme originale dans l’espoir que le toujours plus impopulaire « président des riches » sorte de sa bulle de cécité et d’aveuglement. 

Ce type d’action est-il pertinent ? A-t-il des chances de renforcer la pression sur l’exécutif ? À chacun d’en juger !

Fergus – agoravox.fr