Emmanuel Macron est dangereux pour le pays !

 

 

Je fais partie de l’ancien monde. J’ai été député socialiste, donc membre de la majorité du Président Hollande. J’ai même été pendant 3 ans membre de son Gouvernement. Je fais partie de celles et ceux que les électeurs ont « dégagé » sévèrement en juin 2017.

Cela appelle à beaucoup d’humilité. Cela ne condamne pas pour autant au silence !

Cela ne veut pas dire que toute prise de position est guidée par l’amertume ou la soif de revanche. Pour ce qui me concerne, le plus probable est qu’à l’avenir je ne sois plus candidat à exercer un mandat électif.

Cela ne m’empêchera pas d’être adhérent et militant actif du parti politique auquel j’ai adhéré depuis bientôt 40 ans de ma vie.

 

J’ai depuis longtemps considéré qu’Emmanuel Macron était dangereux pour le pays. Je l’ai dit à ceux qui voulaient bien m’écouter, l’ai écrit y compris dans un livre publié en mai 2018 et ne cesse de m’exprimer en ce sens partout où je peux le faire.

 

Si j’ai cette conviction, c’est parce que j’ai fréquenté le personnage et mesuré son caractère, ses idées et ses ambitions. Il n’a rien d’un homme de gauche, n’a pas d’expérience de l’exercice d’une fonction élective et a … plutôt une haute opinion de lui-même… Pour lui, l’intérêt général consiste à nourrir le plus d’intérêts particuliers possible. Pour autant, il est Président élu régulièrement.

 

Mais le plus inquiétant est de constater aujourd’hui la gravité de la situation de notre pays. L’élection du Président Macron s’est surtout faite pour éviter l’arrivée de Marine Le Pen. On pourra disserter pendant des années sur la responsabilité des socialistes, de François Hollande, de Benoit Hamon, des frondeurs, de François Fillon, d’Alain Juppé, des choix aux primaires… Cela ne changera rien.

 

L’erreur d’Emmanuel Macron n’est pas d’avoir utilisé voire créé les circonstances pour se faire élire. C’est assez naturel et beaucoup auraient fait pareil !

 

Là où il faut lui en vouloir, c’est d’avoir, une fois élu, méthodiquement démoli toutes celles et tout ceux qui ne lui ont pas fait aveuglément allégeance. C’est d’avoir accrédité l’idée qu’avant lui tout était nul et qu’avec lui tout serait merveilleux.

 

Syndicats, partis politiques, personnalités, tout y est passé. Bien sûr ces structures ne sont pas exemptes de responsabilités dans leur naufrage, mais la vie publique française n’était pas le fait que d’escrocs, de menteurs et d’incapables. Des milliers de femmes et d’hommes, élus, représentants, acteurs publics, ont cherché dans le débat des solutions pour le progrès d’un pays certes imparfait, un peu sclérosé voire vieillissant, mais représentant encore des valeurs mondialement reconnues fondées sur l’humanisme et le respect mutuel.

 

Mais le macronisme n’a eu de cesse que de dire et répéter que la transformation radicale du pays, faisant fi de tout dialogue, tirant sa légitimité d’une élection où les personnes ont plus pesé que les projets, était l’apanage exclusive des nouveaux réseaux (pas toujours si neufs) ralliés au à un Président Jupitérien assumant sa verticalité.

 

La vérité et l’intelligence du pays met à mal cette prétention excessive et destructrice :

 

  • Les réformes n’ont pas forcément d’effets par leur seule existence et leur nombre, mais surtout par les améliorations qu’elles dessinent et leur acceptation partagée. La verticalité n’est en ce sens pas la meilleure des garanties.
  • Les efforts demandés ne sont pas supportés lorsque l’égalité, l’éthique et la justice sont bafoués. Supprimer l’ISF, exonérer (ou presque) d’impôts les dividendes, en durcissant la taxation des retraités et des automobilistes est forcément vécu comme une provocation.
  • Prétendre que la colère est entendue et légitime, mais que le cap fixé ne peut être infléchi alors même qu’aucun dialogue n’a eu lieu et que les arguments sont un jour budgétaires, un jour économiques et un jour écologiques ne peut qu’entrainer la rébellion.

Mais le danger vient aussi de la solitude de ce Président. Il est à la tête d’un parti fantôme, avec des adhérents virtuels, des députés novices, peu ou pas d’élus locaux, des premières défections, des lobbies auxquels il est redevable.

 

L’inorganisation des oppositions a été pour lui une chance et l’a fait régner seul en maître. Elle devient un danger car le manque de structuration du mouvement des gilets jaunes peut déraper à tout moment en une jacquerie moderne inédite. Dans les conflits, l’absence d’interlocuteurs est toujours un frein aux sorties de crise.

 

Il lui reste une solution : changer vraiment. Il peut repousser de quelques mois, au moins provisoirement les hausses de taxes sur tous les carburants prévues début 2019 dans la loi de finances en cours de discussion au Parlement. Il doit « en même temps » organiser un vrai débat sur la fiscalité, l’environnement, la chronologie et le timing des réformes pour aboutir mi 2019 à une nouvelle loi de finances mieux partagée. L’occasion doit être saisie pour faire vivre dans notre pays la réflexion sur l’énergie, l’électricité, l’hydrogène, les transports et l’aménagement des territoires.

La vraie humilité n’est pas de reconnaître ses erreurs, elle consiste à les réparer.

Christian Eckert