Jean-Luc Mélenchon : Le budget de Macron pour les riches

Le blog de Jean-Luc Mélenchon jeudi 27 septembre 2018 – Le gouvernement a présenté son projet de budget de la Nation. On y trouve le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Tout ça sera discuté au Parlement jusqu’à la fin de l’année.

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Le gouvernement a présenté son projet de budget de la Nation. On y trouve le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Tout ça sera discuté au Parlement jusqu’à la fin de l’année. Cette séquence laisse toujours une grande part à la communication du gouvernement. Il peut, avant que les députés de l’opposition aient inspecté ligne à ligne ces imposants documents, présenter les choses comme il l’entend et la réplique ne peut évidemment pas être aussi ciblée qu’il le faudrait. Cette année, le refrain qui sert d’élément de langage porte sur les soi-disant « 6 milliards d’euros de baisse d’impôts pour les ménages ». Ce n’est guère innovant. Rappelons qu’en 2017, le gouvernement avait déjà tenté le coup du « budget du pouvoir d’achat ». Dans la réalité, il avait finalement abouti sur la pire baisse de pouvoir d’achat pour les ménages depuis 6 ans. Le cynisme est à son comble dans l’ère Macron.

Cette année, il n’a pas été besoin d’attendre longtemps pour décrypter le mensonge du gouvernement. D’abord, ce budget est, une fois de plus et avant tout, celui des cadeaux aux entreprises et aux riches. Il grave dans le marbre le CICE, ces fameux 20 milliards d’euros de crédits d’impôts offerts par Hollande aux actionnaires. Macron le transforme en baisse de cotisations. Une baisse définitive et permanente. La sale besogne inventée par Hollande est consacrée. Ce faisant, Macron double le coût de cette arnaque pour l’année 2019. En effet, en 2019, l’État payera 20 milliards d’euros de remboursements sur l’impôt de 2018 et 20 milliards d’euros de baisses sur les cotisations patronales de 2019. Au total, c’est donc 40 milliards d’euros qui sont offert aux actionnaires. Une mesure de pure munificence sans aucun effet sur l’emploi, comme cela a été maintes fois prouvé. D’ailleurs, le comité de suivi du CICE l’a lui-même déjà dit : le doublement de la somme en 2019 devrait avoir selon lui « des effets globalement neutres sur l’emploi ».

Concernant les baisses d’impôts pour les ménages, l’institut OFCE a immédiatement corrigé le gouvernement sur le montant. D’après ses calculs, en intégrant les coupes sur les retraites, sur les prestations familiales ou sur les APL, les 6 milliards prétendument « redonnés aux Français » baissent de moitié. En réalité de nombreux Français vont bel et bien perdre de l’argent du fait de ce budget. Les retraites, les allocations familiales et les APL ne seront revalorisées que de 0,3% l’an prochain alors que l’inflation attendue est entre 1,3% et 1,6%. Donc les personnes concernées vont encore perdre du pouvoir d’achat. Pour un retraité moyen, cela représente une perte de 180 euros dans l’année. Et même 480 euros si on prend en compte la hausse de la CSG qui les frappe déjà. Quant à l’APL, elle aura perdu en moyenne 12 euros par rapport à son montant de 2017, avant l’arrivée de Macron au pouvoir.

Pour le reste, il s’agit en grande partie de baisses de cotisations sociales votées l’année dernière. Il ne s’agit en rien de baisses d’impôts. Les cotisations ne sont pas des impôts mais du salaire socialisé. Les salariés qui s’en acquittent les retrouvent dans des soins remboursés par la Sécurité sociale ou dans leur pension de retraite. De plus, les baisses de cotisations sur les heures supplémentaires sont une grande arnaque. En effet, avec les ordonnances Macron, les employeurs peuvent désormais payer moins les heures supplémentaires. Alors que la majoration minimum sur le salaire était de 25% pour les 8 premières heures et de 50% pour les suivantes, elle est désormais tombée à 10%. Au final, même avec une baisse de cotisations, le salaire net du salarié qui fait des heures supplémentaires sera toujours inférieur à ce qu’il était avant Macron.

Enfin, ce budget impose une nouvelle saignée pour l’État et les services publics. Le ministère du travail perd 2 milliards d’euros de budget en raison d’une nouvelle baisse des contrats aidés. Le gouvernement impose une nouvelle cure d’austérité aux collectivités locales en baissant leur budget de 8,5%. L’école publique n’est pas épargnée : 2600 postes vont être supprimés dans l’enseignement secondaire. Le gouvernement compte aussi désarmer l’État contre les fraudeurs. 2000 suppressions de postes sont prévues dans l’administration des finances publiques alors même que la fraude et l’évasion fiscales sont désormais estimées à 100 milliards d’euros par le syndicat Solidaires. Enfin, la dévastation de notre système de santé va continuer avec 3,8 milliards d’euros d’économies.

Macron continue donc à donner beaucoup à quelques riches et en même temps à prendre à tous les autres. Il attend un ruissellement qui ne vient pas. Il enferme la France dans un cercle vicieux. Ses coupes dans les budgets populaires entraînent une baisse de la consommation. En conséquence, la croissance de l’activité se contracte : seulement 0,2% au premier et au second trimestre de 2018. Le chômage augmente et les recettes de l’État diminuent. C’est pourquoi le déficit du budget ne baisse presque pas cette année. La réponse de Macron face à son échec est à l’inverse de ce qu’il faudrait faire : plus de cadeaux aux riches et plus de coupes dans les budgets. Il ne sait pas être autre chose que le Président des riches.