Sarkozy : les huit séquences de “Cash Investigation”

 

Entre 2003 et 2012, Claude Guéant n’a retiré que 800 euros en liquide… en plusieurs retraits. La première fois, c’était 100 euros le 31 décembre 2007. Et 700 euros pour le deuxième le 19 octobre 2009. Soit 800 euros en neuf ans, correspondant à un budget de 24 centimes par jour !

Pourtant, Claude Guéant aurait eu du cash à sa disposition. Des dizaines de milliers d’euros… Alors, le magazine “Cash Investigation” (Facebook,Twitter#cashinvestigati) a eu l’idée de se glisser dans la peau de celui qui a successivement été directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, secrétaire général de l’Elysée et ministre de l’Intérieur pendant cette période.

Pas de Carte bleue ni de chéquier…

Avec une coiffure, une chemise et une cravate impeccables, “Cash” se sent tout de suite mieux, tout léger… Pas besoin de Carte bleue ou de chéquier. Une soudaine envie d’argenterie ce 2 juin 2007 ? Claude Guéant règle 944 euros en liquide.

Veut-il changer de literie en juin 2008 ? Il paie cash 7 900 euros…Trois mois plus tard, Claude Guéant refait sa cuisine. Il règle en grande partie sa facture d’achat en espèces, soit 10 000 euros. C’est ça, se mettre dans la peau de Claude Guéant…

Taher Dahech a été l’un des gardiens du régime du colonel Kadhafi. Au service exclusif de sa propagande et de sa sécurité pendant trente ans. C’est la première fois qu’il accepte de revenir en détail sur le système de financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Cet ancien militaire vit en exil en Tunisie, où le journaliste Nicolas Vescovacci l’a rencontré pour le magazine “Cash Investigation” (FacebookTwitter,#cashinvestigati) : “Au départ, il y a eu une demande d’argent pour la campagne. Le principe était acquis. C’était une sorte de cadeau”, explique-t-il.

“Quand on s’est rapproché des élections, des intermédiaires français sont venus à Tripoli pour préparer l’acheminement et le versement de l’argent avant le scrutin”, précise Taher Dahech. Quelle était exactement sa mission ? “A l’époque, j’étais chargé d’accueillir ces intermédiaires. Du côté libyen, celui qui a supervisé ces négociations était Abdallah Senoussi. C’est lui qui a le rendez-vous avec le Guide.” 

 “Tout, tout, tout est filmé”

Après quelques heures passées à l’hôtel, les intermédiaires français auraient été emmenés dans un lieu secret pour rencontrer le colonel Kadhafi. “Cash” a retrouvé ce bâtiment au sud de la capitale libyenne. Et c’est là que le numéro 1 libyen aurait validé, selon Taher Dahech, le système de financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Tout juste un an après la rencontre des deux hommes à Paris.

“Dès que le Guide a abordé la question de l’argent, complète cet ancien des services secrets libyen, il a donné son feu vert pour le versement. Ce fut très rapide.” L’ancien militaire affirme d’autre part que tout aurait été enregistré : “Tout, tout, tout est filmé…”

Aujourd’hui encore, Moftah Missouri se présente comme le plus proche conseiller du colonel Kadhafi. Pour le magazine “Cash Investigation”(FacebookTwitter#cashinvestigati), Moftah Missouri raconte à Elise Lucet, en détails, l’objet de la première rencontre entre Nicolas Sarkozy et le colonel Kadhafi. C’était le 6 octobre 2005 à Tripoli, en Libye.

De quoi parlent-ils ? “Sarkozy dit au Guide de la Révolution : ‘Je vais me présenter à l’élection présidentielle’…” La journaliste fait remarquer à celui qui a été son interprète officiel pendant quinze ans que “c’est une exclusivité à ce moment-là, qu’il ne l’a annoncé à personne”.

 “‘L’aide politique’, c’est de l’argent”

“Le colonel Kadhafi lui dit : ‘Nous allons vous aider'”, affirme Moftah Missouri. Ce qui veut dire ? “La Libye n’est pas un pays développé. Elle ne peut aider que par le truchement du pétrole, du gaz ou de l’argent en espèces.” Mouammar Kadhafi lui propose une aide financière ? “Au bureau du Guide, il y a quelque chose qu’on appelle ‘l’aide politique’. Et ‘l’aide politique’, c’est de l’argent. On a aidé Sarkozy et c’est la pure vérité.” 

Après des années de silence, Béchir Saleh, l’homme qui murmurait à l’oreille du colonel Kadhafi, accepte de recevoir le magazine “Cash Investigation”(FacebookTwitter#cashinvestigati). Visé par un mandat d’arrêt international, l’ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat libyen vit en exil à Johannesbourg, en Afrique du Sud. Il affirme ne rien savoir dans l’affaire Sarkozy-Kadhafi, c’est-à-dire le financement présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 : “Je n’ai aucune trace, aucune information comme quoi ils ont donné de l’argent. J’étais très proche [de Kadhafi], mais je ne connais pas tout.”

Béchir Saleh n’aurait donc joué, selon lui, aucun rôle dans cette histoire : “Je n’ai jamais donné d’argent pour les élections. Non, non, non… Pas moi, pas moi.” Tous ces Libyens qui accusent Nicolas Sarkozy d’avoir touché de l’argent de la Libye pour sa campagne de 2007 mentiraient ? “Ils disent la vérité, mais où sont les preuves ? Sarkozy va dire : ‘Non, je n’ai pas reçu.'” Et puis, la caméra de “Cash” continue de tourner sans que Béchir Saleh s’en aperçoive…

“Le canal qui donne de l’argent, c’est le ministre des Finances”

Béchir Saleh semble alors changer de discours : “Moi, je crois qu’ils donnent de l’argent. Abdallah Senoussi a dit qu’il donne de l’argent à Nicolas Sarkozy.” Cela a donc eu lieu ? “Oui, c’est vrai, mais avec qui ? Moi ? Ce n’est pas mon canal. Le canal qui donne de l’argent, c’est le ministre des Finances… Kadhafi avait un budget spécial pour les personnes qu’il souhaitait soutenir.” 

Le colonel Kadhafi avait donc aussi un budget pour donner de l’argent à ses visiteurs ? “Oui, des centaines de millions d’euros : 350 millions, comme ça.”Et à part les valises d’argent liquide, quel autre canal peut-il exister ? Un transfert bancaire à travers une société offshore ? “Il n’y a personne qui accepte les transferts. Sarkozy va accepter un transfert ?” Cela ne peut être que du liquide ? “Que du cash, c’est ça.”

Le magazine “Cash Investigation” (FacebookTwitter#cashinvestigati) a tout tenté, lors de son enquête sur le système de financement présumé de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, pour recueillir la parole de l’ancien chef de l’Etat français, aujourd’hui mis en examen.

>> “Corruption passive”, “financement illégal de campagne”… On vous explique ce que la justice reproche à Sarkozy (et ce qu’il risque)

Par mails, coups de téléphone, textos… Sans succès. Alors, par un beau jour de printemps, Elise Lucet et son équipe se rendent dans un hôtel aux portes de Paris le jour de l’assemblée générale du groupe AccorHotels. Au premier rang se trouve un administrateur de marque : Nicolas Sarkozy…

Nicolas Sarkozy quitte subitement la salle…

Cela fait des mois que “Cash” attend ce moment. Après deux heures d’assemblée générale, Nicolas Sarkozy se lève subitement… et quitte la salle. L’unique chance de poser des questions sur la Libye et le financement de sa campagne s’éloigne. L’ancien candidat à la présidence de la République est rattrapé dans les couloirs : “Monsieur Sarkozy, bonjour. C’est Elise Lucet…” 

 

Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence de la République, vend en 2007 deux petites marines (19,5 cm x 36 cm) du peintre flamand Andries Van Eertvelt (1590-1652) à un avocat malaisien pour 500 000 euros. De l’argent en lien avec le financement présumé de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy par le régime de Kadhafi ?

Le magazine “Cash Investigation” (FacebookTwitter#cashinvestigati) s’est rendu à Amsterdam, aux Pays-Bas, pour faire estimer ces deux peintures flamandes du XVIIe siècle par Peter de Boer, un expert indiscutable de tableaux anciens : “Nous vendons des peintures anciennes depuis 1921.”

“C’est une très, très bonne affaire”

Le journaliste de “Cash” montre au spécialiste deux reproductions photographiques de très bonne qualité insérée chacune dans un cadre : “C’est très joliment fait…” apprécie Peter de Boer, qui se souvient bien de ces œuvres : il en a en effet été un temps propriétaire…

“Nous avons acheté ces tableaux en 1967 et on les a revendus peu après l’équivalent de 9 000 euros, précise-t-il. Je les ai revus chez Christie’s en 1990 où ils ont été revendus pour environ 20 000 euros.” L’estimation de leur prix aujourd’hui ? “30 000 ou 40 000 euros.” Mais ils ont été vendus 500 000 euros… : “C’est une très, très bonne affaire…” Pourraient-ils atteindre ce prix sur le marché de l’art ? “Jamais !”

 

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