La semaine qui sent la catastrophe

L’affaire des « Paradise Papers », venant après celles des « Panama Papers », est un coup de sape très profond dans la perception que le commun se fait de l’ordre établi. Si cynique que soit la société du spectacle qui sera passée à autre chose avant huit jours, l’onde de choc de l’évènement ne s’épuisera pas de sitôt. Elle nourrit très directement l’accumulation des faits qui conduisent à la « révolution citoyenne » dans notre pays et en Europe.

En effet, elle est la volonté de se réapproprier la cité en prenant le contrôle des règles qui devraient garantir l’intérêt général. Elle  surgira évidemment de la combinaison de nombreux facteurs. Mais parmi ceux-ci, un rôle central est joué par le dégoût et la méfiance à l’égard de toutes les règles du jeu en cours.

Elles sont à présent largement vécues comme des supercheries. C’est la phase « destituante », celle qui mène au point « qu’ils s’en aillent tous ». La phase « dégagiste » en quelque sorte. Sous toutes les latitudes, elle est amplement nourrie de cette conviction qu’une caste se reconnait tous les droits et n’assume aucun devoir. C’est ce sentiment qui a abattu l’ancien régime, le système Ben Ali, et combien d’autres.

Dans un régime démocratique, l’égalité devant la loi et devant l’impôt sont des éléments fondamentaux qui justifient le consentement à l’ordre institutionnel. On n’y touche pas impunément. Car en arrière-plan de ces deux piliers de la démocratie est postulée la souveraineté du peuple qui décide et s’applique ses décisions.

Bref, il ne faut pas croire que les « Paradises Papers » soient une affaire exclusivement « morale ». C’est de la politique au plus haut niveau. Et c’est de la dynamite. Dans ces conditions, l’état « surcritique » de la société française a accumulé une énergie brimée telle qu’elle met tout l’édifice à la portée d’un évènement fortuit capable de déclencher l’avalanche. Il va de soit que de rugueuses décisions anticapitalistes seront plus simples à prendre le moment venu après une telle démonstration du caractère parasitaire de la caste qui pour l’instant dirige tout.

Et comme en écho à cette ignominie du double jeu des puissants qui exigent le respect de lois auxquelles ils ne se soumettent pas, répond le spectacle du double jeu des mêmes à l’échelle internationale. C’est cette Europe muette en Catalogne mais qui récompense l’opposition d’extrême droite Vénézuélienne. C’est ce président Macron s’appropriant la victoire des Russes et des loyalistes syriens sur Daech à laquelle La France n’a pris aucune part et même plutôt le contraire. Notamment quand une de ses entreprises a financé le terrorisme au vu et au su de son gouvernement. Et encore du président Macron allant proclamer son « frère » le prince régnant d’Arabie Saoudite qui prépare la guerre de revanche du Liban après avoir kidnappé son Premier ministre et interdit au président français de le rencontrer.

Ce monde sent la catastrophe à plein nez. D’ailleurs l’ONU l’annonce quand elle montre que la bataille générale contre le réchauffement climatique annoncée à la COP 21 est d’ores et déjà perdue ! Et qu’il ne se passe rien pour réagir. Ou bien qu’il se passe seulement des choses qui aggravent la situation.

monument aux morts 11 novembre

Crédits photo : monument aux morts

Depuis longtemps, très longtemps, le 11 Novembre fonctionne pour moi comme la Toussaint pour les autres. Car en bout de chaîne d’une famille pied noir éparpillée par le rapatriement, aucune tombe en particulier ne me retient ici plutôt que là en famille. Longtemps, j’attendais aussi le 11 Novembre pour me donner le droit de mettre le manteau. Sinon, je l’aurais enfilé bien avant cela. Tels sont les frileux. Je ne peux donc pas savoir comment se passe la Toussaint pour ceux qui vont dans les cimetières où reposent les leurs. Mais je sais ce qu’est devenu pour moi le 11 Novembre.

C’est avant tout ce moment d’effroi glacé, quand on lit la liste de ces hommes tués par centaines de milliers. Au petit cimetière de Massy, sur le mont Gaudon, où j’ai commémoré ce jour pendant près de vingt ans, l’un lisait la liste, nom après nom et l’autre ajoutait après cela « mort pour la France ». Terrible et lugubre litanie. La longueur de la liste brouillait jusqu’au sens des mots. « untel !  » « mort pourlaFrance », « untel »  « morpouraFrance ». Les mots, à leur tour engloutissaient les morts comme une fosse commune indistincte. Puis on sonnait « aux morts ». Et après la trompette et le roulement du tambour, le silence. Et enfin éclatait une Marseillaise libératrice.

Cette fois-ci, à Marseille, l’hymne national était bien chez lui devant le monument aux morts. J’ai vécu ce moment comme une façon d’entrer plus avant dans ma nouvelle famille. On n’a pas lu la liste des morts un par un. Sans doute parce que ce n’est pas l’usage. Et la ville étant si grande et peuplée, je crois que cela serait sans doute impossible. Quand la musique de la légion sonna « aux morts » un coup de vent roula comme des confettis de petites feuilles mortes si jaunes qu’elles avaient l’air brillantes. Un silence paisible a préparé l’éclat des notes du chant national. Et comme après une apnée, je respirai de nouveau en chantant à pleins poumons.

Comme à chaque fois, cette Marseillaise là me hérisse le poil. C’est celle de la victoire bien sur. Mais je sens passer comme une ombre sur le soleil  la vague glaciale des millions de voix qui se sont tues, qu’il s’agisse de mourir dans la boue des tranchées, les barbelés du champ de bataille, la peur d’être seul pour finir, de se voir déchiqueté, ou qu’il s’agisse de souffrir l’annonce déchirante de la mort d’un sien, le fils, le mari, le fiancé, le frère, le père.

Alors dans ce gouffre des misères qui s’empilent, la pensée se tend encore davantage comme un arc vers ces pauvres diables héroïques, les « fusillés pour l’exemple ». Ceux qui ne voulaient plus y aller. Car nous parlons de 1917. La révolte court les cantonnements. La guerre n’est plus supportée. Dans les tranchées allemande aussi, l’envahisseur retrouve son cœur populaire et veut la paix. L’absurdité de la tuerie éclate aux yeux de chacun. On connaît la révolution qui a lieu en Russie. Partout se déclenchent des révoltes pour mettre fin à la guerre, comme on l’a fait là bas. Car on ne doit pas l’oublier un seul instant : la révolution russe est d’abord la réponse à la guerre sans fin. Elle a commencé par des manifestations de femmes pour la paix en février 1917. Elle est le premier point du programme bolchevik. À l’inverse, la peur de la révolution est le fil conducteur de la caste de l’époque dans ces mois de 1917 où Pétain a les pleins pouvoirs pour faire juger sans recours et fusiller sans possibilité de grâce.

Ici est la face cachée du récit national, et du silence politique qui a étouffé si longtemps les voix des nôtres, les insoumis des tranchées, celle des êtres qui savent dire « non » quand il le faut, quel qu’en soit le prix.

À cet instant à Marseille, cette catharsis, comme toutes celles qui ont à voir avec la mort, convoque toujours aussi le souvenir des siens. Je ne méprends pas sur le sens de l’intensité de ce que je ressens alors. Mais la tête politique ici se fait plus humaine et empathique que jamais. La guerre totale, la guerre industrielle qu’avait pressenti Jaurès, écrivait son premier tome abominable. Les Allemands feront pire au second.

Étant jeune homme, après 68, aucune commémoration ne me parlait, sinon celle du 8 mai, anniversaire de la capitulation sans condition du nazisme. Sans doute parce qu’il s’agit d’une histoire dont les protagonistes étaient encore largement représentés autour de nous. Et parce que la sympathie toujours vive que je ressens pour le peuple russe me faisait penser aux vingt cinq millions de morts que ce peuple a dû subir pour libérer le continent des troupes de Hitler. Mais avec ma première élection, le devoir me conduisit aux monuments aux morts le 11 novembre. J’y suis toujours retourné depuis.

Avant cela, jeune directeur de cabinet municipal, j’avais du écrire mon premier discours pour le maire en vue de la commémoration au monument aux morts. C’était un dirigeant CGT. Il m’a demandé d’écrire à la mémoire des fusillés pour l’exemple. Je le fis. Sans hésitation, il lu et rajouta encore de son cru. Des porte-drapeaux roulèrent leurs étendards pour protester. Ainsi dans ce petit matin plein de brumes froides, je vis et je compris ce qui avait eu lieu à l’époque et ensuite, quand les familles des fusillés « pour l’exemple » furent emmurées dans un déshonneur officiel. Et pourtant, comme il fallait être courageux aussi, et peut-être plus que d’autres encore, pour oser la révolte. Car les « mutins » savaient que la rébellion était punie de mort. Maudite soit la guerre et ceux qui en sont responsables !

Au Mont Gaudon de Massy, on fleurissait les tombes des soldats « morts pour la France » et on les décorait de drapeaux tricolores. Ainsi la méditation annuelle sur la guerre m’a-t-elle travaillé d’année en année. Ces listes terribles, j’ai pris l’habitude d’aller parfois les voir aux monuments des villages et des villes que je traverse, lorsque la circonstance le rend possible. Et même, une fois, en 2013, à Barbaste dans le grand Sud-Ouest, après avoir participé à la cérémonie municipale, j’ai fait ensuite une conférence politique sur le déclenchement de la guerre.

Ainsi ai-je fait mien, de la sorte, dose après dose, quelque chose de fondamental concernant notre pays. Je vois la moisson sur pied du premier mois de la guerre quand les hommes sont partis au front en laissant aux femmes, aux enfants et aux anciens tout le poids du travail aux champs. On dit qu’ils partirent la fleur au fusil. Je ne sais pas. Car quelques semaines avant avaient eu lieu la plus grande manifestation ouvrière contre la guerre. Mais la France d’alors est d’abord paysanne. Et Jaurès a été assassiné. Aucune stratégie de lutte pour stopper la guerre n’est plus proposée. À la stupeur générale, les députés socialistes allemands ont voté les crédits de guerre au lieu de lancer la grève générale comme convenu. La guerre n’est possible que par ce début qu’est la défaite du mouvement ouvrier de l’époque. La trahison du socialisme allemand, la division des partis de l’Internationale, l’assassinat du tribun qui incarnait l’appel à la raison et la résistance à la folie guerrière, il a fallu tout cela pour rendre possible la tragédie que le capitalisme portait en lui « comme la nuée porte l’orage ». Il faut que l’heure du souvenir soit aussi celle de la mémoire politique. La mémoire qui permet à la vie d’être davantage qu’un instinct, et à notre histoire d’être davantage qu’une fatalité.

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Les révélations sur l’évasion fiscale ont sévèrement heurté la sensibilité du grand nombre dans notre pays. S’ajoutant à ce qui se savait déjà sur la fraude fiscale le choc est violent… Au point que le journal Le Monde, qui participe au dépouillement des informations sur ce sujet, adresse une sévère mise en garde aux profiteurs du système. « Si faute d’élémentaire justice, l’impôt n’a plus de cohérence ni de sens, c’est pourtant la légitimité des États qui au bout du compte est en jeu. L’histoire devrait leur rappeler que les peuples ne supportent pas éternellement les privilèges de caste ». Il interpelle même un de se principaux actionnaire monsieur Niel.

Si l’éditorialiste d’un journal de centre-droit juge nécessaire de signer une aussi grave admonestation à la classe possédante au point de la qualifier de caste qui se soustrait à tout devoir citoyen comme dans l’Ancien Régime, c’est que l’affaire est grave. Pourtant, à l’heure des propositions concrètes, le silence a été pesant. Mais moins que certaines remarques particulièrement inopportunes, destinée à botter en touche. Ainsi quand le secrétaire d’Etat Benjamin Griveaux a déclaré : « Sur la lutte contre la fraude fiscale, les tartuffes sont ceux qui imaginent régler le sujet sans l’Europe ». Régler un problème en comptant sur l’aide d’une de ses principales causes, c’est annoncer qu’on ne fera rien. Là est le vrai Tartufe.

Car les révélations ont bien mis en avant, comme d’autres avant elles, à quel point la fraude et l’évasion fiscale se fabriquent au cœur de l’Union européenne. Par exemple, on connait la place de l’Irlande dans les montages fiscaux d’Apple. On découvre que Malte, un autre État membre de l’Union européenne, est la destination préférée des milliardaires pour soustraire leurs yachts à l’impôt. La fuite des Luxleaks, permise par le lanceur d’alerte Antoine Deltour, a montré comment le Luxembourg volait les ressources fiscales de ses voisins européens en négociant l’impôt de gré à gré avec les multinationales. Et même un État aussi important que les Pays-Bas est une plaque tournante centrale dans les combines de la multinationale Nike pour échapper à l’impôt qu’elle doit en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.

Non, l’évasion fiscale n’est pas qu’un à côté regrettable du fonctionnement de l’Union européenne. Elle est au cœur même de ses traités. En effet, ils promeuvent sans restriction la libre circulation des capitaux, non seulement entre les États membres de l’UE mais également avec les pays tiers.  Ce sont donc bien les règles même de cette Europe qui permettent aux multinationales, aux hyper-riches de transférer leurs revenus d’États en États pour trouver la fiscalité la plus accommodante. Et d’ailleurs ils ne s’en privent pas.

L’ONG Oxfam a calculé que les 20 plus grandes banques européennes déclarent un quart de leurs bénéfices dans des paradis fiscaux lointains, comme Hong-Kong ou plus familiers comme l’Irlande et le Luxembourg. Elles réalisent même la prouesse de déclarer 600 millions d’euros de bénéfices dans des pays où elles n’ont aucun salarié. Cette situation fait dire à Oxfam que ces banques « délocalisent artificiellement leurs bénéfices pour réduire leur contribution fiscale, faciliter l’évasion fiscale de leurs clients ou contourner leurs obligations règlementaires ». La porosité volontaire à l’égard des paradis fiscaux extérieurs à l’Union se combine avec celle qui a cours à l’intérieur de ses frontières. Et cela aussi est rendu possible par les traités européens.

Pour inverser la tendance cela supposerait de faire converger vers le haut les fiscalités des différents pays. Or, les traités conditionnent toute initiative fiscale au niveau européen au fait qu’elle soit justifiée par la suppression d’obstacles à la concurrence à l’intérieur du marché unique. La lutte contre l’irresponsabilité fiscale des puissants ne fait pas partie des objectifs de l’Union. Et ce n’est pas près de changer car la règle de l’unanimité des États membres pour adopter une telle initiative s’applique. Autrement dit : pour imposer des règles communes contre les paradis fiscaux dans l’Union, il faut l’accord des paradis fiscaux, c’est-à-dire du Luxembourg, de l’Irlande, de Malte, etc.

Ceci explique pourquoi la Commission peut travailler depuis 2001 sur une directive pour faire converger l’assiette sur laquelle les États se basent pour calculer l’impôt sur les sociétés sans que jamais cela ait avancé d’un mètre.  À la place, c’est la concurrence fiscale entre les États qui s’impose comme seule règle. Avec à la clef des cadeaux toujours plus grands pour les riches et, bien sûr, pour compenser le manque à gagner, des coupes dans les dépenses publiques qui servent au plus grand nombre. Du coup, chacun tente de s’aligner sur les pires pratiques. La menace des paradis fiscaux servant même opportunément de menace pour justifier de supprimer l’ISF ou baisser la fiscalité sur les revenus du capital.

Au moment où éclatait le précédent scandale, celui des « Panama Papers », la Commission européenne avait voulu montrer à tous qu’elle tentait quand même d’agir pour endiguer ces pratiques. Son approche était alors entièrement tournée vers la transparence. Autorisons les pratiques fiscales agressives, le vol entre États de recettes fiscales, mais faisons-le au moins ouvertement. Elle a donc lancé deux initiatives. 20 mois après, aucune d’entre elles n’a encore été adoptée. La première vise à obliger les entreprises à déclarer leurs activités pays par pays (chiffre d’affaire, bénéfices, ventes, etc.). Cette directive a été adoptée par le Parlement européen mais avec une énorme faille : les multinationales sont autorisées à y déroger si elles jugent que les informations concernées sont « commercialement sensibles ». Dans tous les cas, cette directive n’est toujours pas adoptée par le Conseil.

De même, la liste européenne des paradis fiscaux n’existe pas pour l’instant. Suite aux révélations des « Paradise Papers », elle est maintenant annoncée pour le 5 décembre. Mais elle ne pourra concerner aucun États membre de l’UE. Aucun d’entre eux ne pourra y figurer a déjà annoncé le commissaire Pierre Moscovici. Et on ne sait pas exactement quelles seront les conséquences pour un pays de figurer sur cette liste. En 2009, le G20 avait pris la même initiative. Elle s’était finie dans le ridicule. Les conditions pour sortir de la liste noire du G20 étaient tellement simples à remplir que quelques mois après sa publication il ne restait officiellement plus aucun paradis fiscal.

À ceux, comme Benjamin Griveaux et plus généralement la majorité LREM, qui invoquent l’Europe pour régler le problème, l’économiste Gabriel Zucman, spécialiste de la question des paradis fiscaux, répondait cette semaine dans la presse : « Il ne tient qu’à nous de faire différemment. On n’a pas besoin de l’accord du Luxembourg, on peut taxer Apple en prenant leurs profits mondiaux consolidés et en calculant la portion de ses profits réalisés en France en regardant les ventes que fait Apple en France. On peut le faire nous-mêmes à partir de l’année prochaine. ».

Il y a en effet bien des choses à faire au niveau national. Nous pourrions tout d’abord renforcer les moyens humains, ceux de la justice et de l’administration. Le parquet national financier ne compte que 15 magistrats. La direction générale des finances publique a perdu 3100 agents depuis 2010. Quant au service des douanes, il compte aujourd’hui 5000 agents de moins qu’en 2007. Avec les députés insoumis, nous avons proposé plusieurs amendements très concrets à l’Assemblée qui ont été systématiquement refusés par la majorité. Par exemple l’interdiction pour les banques françaises d’avoir des filiales dans les paradis fiscaux. Où est la difficulté ? Ou l’impôt universel qui empêche qu’on puisse fuir son pays dans le seul but d’échapper à l’impôt. Où est la difficulté ? L’interdiction pour les dirigeants d’entreprises ayant exercé dans un paradis fiscal d’avoir un mandat social dans un conseil d’administration d’entreprise. Où est la difficulté ? Enfin supprimer l’injuste verrou de Bercy qui empêche que les fraudeurs ne soit poursuivis en justice comme n’importe quel citoyen. Où est la difficulté ? Même question pour la création d’un délit d’incitation à la fraude fiscale.

Pour moi, il est temps d’alourdir le traitement pénal des fraudeurs en augmentant le délai de prescription qui s’applique à eux à 30 ans. Nous pourrions aussi inverser la charge de la preuve : si vous détenez des actifs dans un paradis fiscal, c’est à vous de prouver que vous y faites autre chose que d’échapper à l’impôt. On doit aussi prendre des mesures de rétorsion commerciales envers les paradis fiscaux. Ce n’est pas si difficile ! Lionel Jospin l’avait fait en 2002 en imposant un blocus financier à l’île de Nauru, un paradis fiscal spécialement fétide. Au total, il n’est pas vrai que la lutte contre l’évasion fiscale soit impossible ou irréaliste. Quand bien même resterait-il ensuite des trous dans le filet du contrôle, les représailles sont toujours possibles et souvent très nécessaires.

egouts

Crédits photo : Rasbak

Après avoir persécuté de nombreux mois Raquel Garrido en présentant ses impayés à l’ordre des avocats comme des actions malhonnêtes, publié jusqu’à ses congés maladie, la sainte corporation ne s’est pas démobilisée. Elle a obtenu la participation du CSA à la chasse que la profession a organisé contre celle qu’il s vivent comme une usurpatrice. En effet le CSA ne tient aucun compte des opinions politiques d’innombrables commentateurs et chroniqueurs de droite. Mais il s’est pourtant réveillé pour s’en prendre lui aussi à Raquel Garrido. Elle a été mise en demeure de choisir entre son appartenance à « La France insoumise » et son statut de chroniqueuse à la télé. Sinon son temps de parole était compté comme du temps de la LFI et les comptabilisation de Canal seraient déséquilibrées !

Voilà la trouvaille du CSA pour essayer d’expulser Raquel Garrido d’un paysage médiatique pourtant saturé de droite et de macronistes. J’espère que chacun comprend bien. Raquel Garrido a été mise en demeure de renoncer à son engagement public avec la LFI parce que sinon nous aurions trop de temps de parole sur la chaîne ou elle s’exprime ! Ce résultat a été obtenu par une pression du CSA sur le média. Telle est la liberté d’expression comme la conçoit Olivier Schrameck, le président du CSA. L’homme qui avait ouvert une enquête contre TF1 après un reportage sur moi avec cette chaîne un jour de manifestation. Comme par hasard, juste dans la période où se jouait le passage de la chaîne LCI sur la TNT. En effet un « journaliste » membre d’une chaine concurrente avait affirmé que les images étaient un montage en ma faveur. Tel est notre « démocratie ».

Comme cette infamie obtenue sous la pression ne suffisait pas, il a fallu que certains sous entendent un conflit entre elle et moi. La meute aime l’info  comme le fromage : elle préfère que ça pue. J’ai dit et répété ce qui est : je milite avec Raquel depuis qu’elle était une jeune dirigeante de SOS racisme. Elle est et reste mon amie. C’est une femme engagée de très grand talent et dévouement à nos idées. C’est une tête formée, cultivée et créatrice. Elle a tenu son poste de combat dans toutes ces années où nous n’avons reçu que des coups. Elle l’a tenu dans ses années de pauvreté que lui ont reproché des journalistes ruisselant d’argent. Je la respecte encore davantage pour cela. Je juge son travail à la télé : magnifique. Elle reste mon avocate, à moins que cela aussi lui soit interdit par je ne sais quel comité du style du CSA à la solde du pouvoir quel qu’il soit.

Encore une fois, la palme aux racoleurs à clics de L’Obs. Ceux-là se sont senti obligé de reproduire ce qui trainait de plus infâme sur le sujet. Puis ils ont commenté mon point de vue amical en faveur de Raquel pour dire que ce ne serait « pas vraiment un démenti ». Il est normal que le journal qui a viré Aude Lancelin pour délit d’opinion après un procès de Moscou imagine partout la continuité de ses méthodes. Mais en vain. Il n’y a pas et il n’y aura jamais de police politique autour de moi. Et les sujets de discussion entre nous comme nos relations personnelles ne se fixeront pas dans les salles de rédaction.

Je sais que le canon à merde va encore tonner, contre moi cette fois-ci. D’ici quelques jours, Capital et L’Express veulent tirer leurs salves de commande. En effet, après sept mois de bashing ininterrompu, dont le blogueur Antoine Léaument a fait le recensement, il y a encore des rédacteurs en chef pour passer des commandes de bashing. Heureusement, dans les deux rédactions, il existe des insoumis, à tous les niveaux. Cela me permet de savoir assez exactement les intentions et l’ambiance de haine qui m’entoure de la part de ces gens. Sur le terrain, les retours de contact avec ces journalistes sont terribles. Les questions qu’ils posent, leur manière d’essayer d’intimider les gens pour les obliger à répondre, les questionnaires du matin pour le soir, l’arrogance et le sentiment d’avoir tous les droits qui les animent, tout est à vomir. Quand au fond il s’agit de revenir sur mes années en Essonne et surtout sur mon patrimoine il y a… 19 ans ! Je fais une mise en demeure et je poursuivrai le moment venu en diffamation.  Ces gens vont donc insinuer, et accrocher midi a minuit, sans oublier le venin des habituels « témoignages anonymes » dont ils sont coutumiers.

Bien évidemment, il est impossible que j’aie commis quelque acte délictueux ou immoral que ce soit. Si ce n’était pas le cas, il y a longtemps que ça se saurait. En effet depuis ma première élection nationale mon patrimoine a fait l’objet de nombreuses et régulières déclarations, toutes accessibles au public et à mes ennemis qui ne se sont pas privés d’y recourir déjà souvent. Ces déclarations, je les ai faites d’abord auprès de la « Commission pour la transparence financière de la vie politique » puis de la « Haute autorité » actuelle. Je précise que j’ai fait des déclarations de mise à jour à l’occasion de chacune des modifications réalisées au fil de mes pérégrinations et des achats et ventes de mes domiciles successifs. Du coup, j’ai été souvent interrogé par ces commissions de contrôle chaque fois qu’un point a semblé devoir par principe soulever une question.

Je doute qu’il y ait beaucoup de monde dont la situation patrimoniale ait jamais été autant surveillée. En effet j’ai été contrôlé de cette façon à l’occasion de treize entrées ou sorties de mandat électoral. Sans oublier le moment de deux candidatures à l’élection présidentielle. Soit quinze fois ! Je n’ai jamais fait l’objet d’aucun blâme, remontrance ou mise en garde. Je ne saurais oublier de mentionner que j’ai aussi dû répéter ces déclarations à l’usage de la presse. On connait sa vigilance, ses commentaires informés et sans complaisance. En publiant et commentant ma situation patrimoniale en 2012 et en 2017 elle n’aurait rien laissé passer s’il y avait eu matière ! Leur but est donc seulement de nuire pensant qu’il restera toujours quelque chose de leur mauvaise action par-delà tous les démentis.

J’ai donc décidé de publier les réponse que j’ai fait à ces deux journaux. Avant de les mettre en demeure. Mon intention est de vous montrer le style de l’inquisition que nous subissons, le genre de questions qui m’est posée et le ton sur lequel cela se fait. J’ouvre donc une rubrique dans mon blog qui sera consacrée aux questions malveillantes d’où qu’elles viennent et aux fausses informations d’où qu’elles viennent. Mon but est de rien laisser sans réponse sans pour autant donner une place centrale aux flots de l’égout médiatique. J’ai donc séparé les deux thèmes car ils ne sont pas de même nature. Dans le premier on trouve les journalistes qui veulent me diffamer et les personnes qui m’interpellent dans un registre de mauvaise foi. Dans l’autre les menteurs assumés souvent d’extrême droite. Nous la complèterons au fil du temps et des infos que vous nous transmettrez sur ce qui se colporte à mon sujet.

raquel garrido

Interview de Raquel Garrido dans le JDD

« C’est l’une des plus proches de Jean-Luc Mélenchon. Depuis des années, elle est de tous ses combats jusqu’à devenir porte-parole de sa campagne présidentielle. Aujourd’hui, Raquel Garrido a décidé de tourner la page de la politique. Un choix, dit-elle, qu’elle ne fait ni en raison des récentes polémiques ni sur demande de l’ancien candidat à la présidentielle. »

Vous êtes une des voix de La France insoumise. Depuis la rentrée, vous êtes aussi chroniqueuse dans l’émission de Thierry Ardisson, Les Terriens du dimanche. Est-ce compatible ?

Je le croyais, mais le CSA a comptabilisé mes passages à l’antenne en temps de parole France insoumise, ce qui a créé un déséquilibre sur la chaîne. Le CSA m’a placée devant un dilemme. Soit renoncer à mon engagement politique soit être décomptée France Insoumise.

Avez-vous décidé d’arrêter la politique ?

Oui. J’ai réfléchi et j’ai fait mon choix. Compte tenu de l’essor du mouvement, je considère que je n’y suis pas indispensable. À la télé, il y a si peu d’Insoumis, tandis qu’à La France Insoumise, des « Raquel », il y en a plein ! Je tourne donc la page sans états d’âme.

Jean-Luc Mélenchon vous a-t-il demandé de faire un choix entre politique et télé ?

Jamais. Jean-Luc Mélenchon apprécie mes passages dans l’émission et il est content que je m’épanouisse. Je l’ai informé de ma décision. Il m’a dit qu’il comprenait.

Les récentes polémiques vous concernant vous ont-elles poussée vers ce choix ?

Je ne suis pas du genre à céder à la pression et aux injonctions, surtout quand elles sont malveillantes. Les spéculations vont bon train sur mon compte, méfiez-vous ! Je répète : pour maintenir ma chronique hebdomadaire il fallait l’ôter du décompte France insoumise. Pour cela, le CSA a exigé un retrait total de mes activités politiques.

Concrètement, vous ne serez pas présente le 25 novembre pour la convention de La France insoumise ou lors d’éventuelles marches de Jean-Luc Mélenchon ?

Effectivement. Ce retrait implique discrétion et retenue.

Vous ne serez donc pas candidate aux européennes en 2019 ?

C’est la conséquence logique.

Allez-vous demander votre carte de presse ?

Surtout pas ! Je suis avocate. Mon ordre a confirmé que j’exerçais dans le parfait respect de notre déontologie. Je suis indépendante de mon client, la maison de production TéléParis. Les modalités d’embauche des journalistes ou du monde du spectacle sont interdites aux avocats.

Faites-vous ce choix aussi pour des raisons financières ?

Je n’ai jamais perçu un centime en rétribution de mon engagement politique. Je parle quatre langues, j’ai une expertise en droit international économique. Si j’étais vénale, j’aurais fait avocate d’affaires, pas mélenchoniste !

Est-ce compatible de critiquer l’oligarchie tout en travaillant sur C8, la chaîne de Vincent Bolloré ?

Je dénonce la concentration oligarchique du pouvoir. Je n’ai pas mis d’eau dans mon vin. Avec Ardisson, je dis librement ce que je pense. Je n’ai aucun intérêt à m’autocensurer. Le téléspectateur veut une voix de rupture dans le cadre d’une émission où toutes les opinions sont représentées.

Vous avez répondu aux accusations du « Canard enchaîné » via le compte Snapchat de Jeremstar. Comprenez-vous que ce mélange des genres choque ?

J’adore le mélange! Ériger des murs et mettre des gens dans des cases est un mal que je déplore. Cette vidéo est un pied de nez à un petit monde journalistique agressif qui a ouvert une guerre contre moi à partir du 31 août, jour où j’ai posé une question sur les ordonnances Macron au Premier ministre.

Ne pensez-vous pas que votre place était du côté du média militant que lancent Sophia Chikirou et Gérard Miller plutôt qu’avec Thierry Ardisson ?

Le Média citoyen est un projet courageux et salutaire que je soutiens. Quant à moi, ne m’assignez pas ainsi à résidence. Ma vie entière a été parsemée de moments de grand chamboulement. Ma place est là où cette vie me mènera. Comme a dit le poète espagnol Antonio Machado : « Le chemin se fait en cheminant. »

Jean – Luc Mélenchon